jeudi 10 mai 2007

Et le peuple a choisi...

Avant tout, et parce que je ne suis pas mauvais perdant, il faut féliciter le vainqueur pour ce qu’il a déjà accompli. Le peuple a parlé et l’a désigné Président de « notre » République, la France dans sa majorité a décidé de lui faire confiance et de s’en remettre à lui pour la remettre dans le bon sens.

Nicolas Sarkozy a gagné dans les règles de l’art, en menant une campagne brillante et efficace et s’appuyant sur un réseau compact et dévoué. Sans s’attaquer au fond, car c’est bien ce qui peut poser problème à beaucoup, il faut mettre au crédit de notre nouveau président d’avoir refondé la droite sur une base idéologique solide et réfléchie depuis de nombreuses années. Les journaux parlent de « droite décomplexée », je vois une droite qui a réussi à structurer un corpus d’idées impressionnant en s’attachant à répondre (à leur manière et c’est toujours la forme que j’apprécie) aux interrogations principales des français (sécurité, chômage, Europe…). A chaque question une réponse, peu importe que l’on soit d’accord ou non, il faut remarquer que Sarkozy ne se cache pas et affiche un argumentaire clair et sans équivoques. Comme preuve, il est intéressant d’observer que de tous les accrochages médiatiques, débats directs sur des sujets sensibles durant la campagne, la majorité a pour origine des déclarations de Sarkozy. Beaucoup de candidats, et cela leur a peut être été fatal, ont joué la partition qu’il souhaitait, c’est-à-dire de débattre de « ses » idées, et des siennes seules.

Je pense que cette intelligibilité et clarté du message, résultat d’un long travail minutieux, ont été la clé de cette élection. Il faut également savoir apprécier son verbe, sa maîtrise durant le débat, son discours rassembleur de l’entre deux tours et un esprit de communiquant hors pair.


Maintenant, la campagne est une chose, le mandat en est une autre, la partie ne fait que commencer et elle peut se terminer par un game over sans retour. Si Sarkozy venait à échouer (ce que honnêtement je ne lui souhaite pas), ce n’est pas une nouvelle traversée du désert qui l’attend, c’est l’euthanasie politique. Et quels défis à relever…

1827 jours… Pour certains ce sera trop court, pour d’autres le premier jour paraîtra déjà trop long, tout est question de point de vue, comme souvent.

  • 5 années pour redynamiser le pays, en particulier sur le plan économique, pour faire de la France une nation compétitive et expansionniste, confiante de ses capacités et prête à rivaliser avec les plus grands. Cette évolution doit mobiliser toutes les forces du pays et ne pas en laisser sur le côté. Ce n’est pas « marche ou crève », on doit pouvoir avancer ensemble et viser des objectifs communs. Cette avancée doit se fonder sur l’économie de la connaissance et des nouvelles technologies. Il faut voir la réalité en face, les avantages comparatifs de Ricardo nous sont défavorables. A nous de réussir, comme l’Allemagne, à nous différencier et à miser sur l’innovation.
  • 5 années pour réconcilier la France avec elle-même, les vieux et les jeunes, les campagnes et les villes, le privé et le public, les « banlieues » et la société, les riches et les pauvres, étape obligatoire pour que le pays avance dans le même sens. On ne réussira rien en montant les français les uns contre les autres, en cherchant des boucs émissaires. En divisant le pays et en attisant les haines, la France est plus faible et nourrit le terreau des communautarismes, corporatismes et autres… le tout pouvant un jour ou l’autre nous exploser à la gueule.
  • 5 années pour redonner confiance aux Français, en l’économie, en la mondialisation, en l’europe, en la politique et, surtout, en l’avenir.

    Il faut relancer certains mécanismes et rassurer sur d'autres. Le pouvoir d'achat, l'ascenseur social, le droit au logement, l’environnement, la recherche… doivent constituer des priorités. Les français ne doivent plus avoir peur des mots « délocalisation », « immigration » ou encore « dette publique », et cela passe par une réflexion d’ensemble sur ces thèmes, en accord avec la société. Les délocalisations ne doivent pas servir à stigmatiser la mondialisation, ou l’Europe, mais permettre de pointer nos faiblesses et les combattre. L’immigration doit être contrôlée, il faut arrêter de dire le contraire. Je ne vois aucune générosité dans le fait d’accueillir quelqu’un dans mon pays pour le parquer dans un ghetto, au chômage, et lui ajouter la responsabilité de nombre d’autres maux. Il faut penser immigration avec intégration, obligatoirement l’un avec l’autre. Pour en venir à la dette publique, elle ne doit pas faire peur et il n’est pas besoin de revenir sur les idées de Keynes pour s’en convaincre. Cependant, il faut en faire usage de manière ciblée et pertinente, un emprunt devant financer un investissement, dont l‘intérêt est avéré. Les britanniques, avec Gordon Brown à la baguette, en ont usé et cela leur a plutôt bien réussi.

  • 5 années pour redorer la « marque » France dans le monde, surtout en Europe, et lui donner une politique internationale claire et courageuse. Oui à l’Europe politique, non à l’Iran nucléaire, non à un nouveau génocide au Darfour, non à l’impunité russe en Tchétchénie (et en Ukraine, en Géorgie…)… On attend des positions franches et déterminées.
  • 5 années aussi pour préserver des valeurs, des fondations propres à notre pays et qui sont la marque de notre différence, je pense à la laïcité, la redistribution, l’européanité, la liberté des médias, la justice sociale… La rupture est une idée attirante mais large et ambigüe, il faut savoir avec quoi l’on veut rompre et ce qui reste pour nous intouchable. Prenons garde à ne pas nous saborder nous même.

5 années pour réaliser tout ça, Monsieur Sarkozy, c’est court. A ce délai il faut ajouter une autre donnée, qui accroît d’autant plus votre responsabilité : les français sont revenus dans le jeu politique et ont abandonné les extrêmes parce qu’ils pensent que la politique va changer, une déception pourrait causer des effets dévastateurs. Pendant 5 ans, vous devrez supporter le poids de cette confiance et de cet espoir, tout en sachant qu’une nouvelle désillusion gonflerait les rangs de l’abstention et des extrêmes. L’Histoire retiendrait que ce serait de votre faute…

Sur ce, je vous souhaite bonne chance, sincèrement.

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