mardi 19 juin 2007

La défaite oui, le tsunami non !

Non la gauche n’a pas gagné, mais qu’il est bon de perdre avec le sourire, de se dire que la casse est limitée voire, mieux encore, qu’il y en a aussi eu de l’autre côté. Nous avons gagné des sièges quand les autres en ont perdu…

Il faut d’abord remercier les électeurs de gauche, qui ont décidé de se mobiliser, et les électeurs de droite, qui croyaient la partie jouée. En effet, dans les circonscriptions remportées au second tour par la gauche, la participation a été plus élevée que dans celles où la droite l’a emporté (61.5 % contre 59.9 %). Malgré le comportement autodestructeur des dirigeants du PS, les militants et sympathisants ont renouvelé leur confiance et ont surtout montré leur volonté d’imposer une opposition, non pas ridicule comme le prévoyaient les sondages, mais réelle. Comme le souligne Le Monde, « à cela s'ajoute une autre explication qui illustre en partie la théorie de l'électeur "stratège", formulée par les politologues Philippe Habert et Alain Lancelot. La gauche s'est d'autant plus mobilisée que le duel s'annonçait incertain ».
C'est ce mécanisme de légère remobilisation qui a profité par exemple à Arnaud Montebourg en Haute-Saône, à Jérôme Cahuz dans le Lot-et-Garonne, à Michel Vuilqué dans les Ardennes, à Jean-Louis Bianco dans les Alpes-de-Haute-Provence, à Michel Delebarre dans le Nord ou à Marylise Le Branchu dans le Finistère. Ces territoires enregistrent ainsi un sursaut de participation de 2 de 5 points.

Il faut aussi remercier les électeurs du MoDem dont le report s’est surtout exercé sur les candidats de gauche. En effet, selon un sondage CSA, 55 % ont voté pour un candidat de gauche au second tour contre 28 % pour un candidat de l’autre bord. Le MoDem s’est en partie vu vidé de sa substance par les traîtres du Nouveau Centre. La partie plus à droite de son électorat a suivi les transfuges avant le premier tour des législatives, ce qui fait aujourd’hui du MoDem, structurellement, un parti plus centre gauche qu’avant.

Il faut finalement rendre à César ce qui est à César, Laurent Fabius a sauvé un paquet de candidats avec sa manœuvre politicienne digne du vieux briscard roublard qu’il est. Lorsqu’au soir du premier tour, il interroge Borloo sur la TVA sociale, il lance un pavé dans la marre qui n’a cessé durant la semaine de propager ses ondes (jusqu’à la punition de Borloo lui-même). Les électeurs commencent dès lors à mieux comprendre la politique engagée par Sarkozy, véritable politique de classe en faveur des nantis. D’un côté la suppression des droits de succession et le bouclier fiscal, économies d’impôts qui bénéficient principalement aux classes aisées de la société. De l’autre, la déduction des intérêts d’emprunt sur 5 ans et plafonnée (soit une économie minime), un SMIC juste relevé du niveau de l’inflation, et la TVA dite sociale dont les effets sur le pouvoir d’achat peuvent être néfastes… Si l’on regarde attentivement ces mesures, il est facile de voir ce qu’il ne faut pas être dans la société de Monsieur Sarkozy.

Maintenant, cette défaite dans l’honneur du PS (et de la gauche) ne doit par faire oublier que c’est bien une défaite, et qu’elle s’inscrit dans une suite plus que lassante pour l’électorat. Le PS ne doit pas voir ce second tour comme un retour, mais comme une dernière chance accordée par les électeurs. Il est temps maintenant de procéder à l’inventaire de cette série d’échecs, d’en tirer les conséquences, et de s’atteler courageusement à la refondation du parti…

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