dimanche 3 juin 2007

"La gauche du réel" de DSK

DSK a publié cette semaine dans le Nouvel Obs son programme pour la refondation de la gauche. Il ne prône pas « la » rupture, mais bien « trois » ruptures… le mot est à la mode et la mode à la surenchère. Simplement, dans le cas de l’ancien Ministre des Finances, ces trois ruptures visent avant tout le PS, et la gauche dans son ensemble, qu’il est temps de réformer (enfin…).

Le moment est en effet venu (avec un retard d’au moins 5 ans tout de même…) de mettre fin à un cycle du mouvement socialiste, qui a connu ses succès mais qui aujourd’hui est plus que désuet. Ce cycle, c’est le cycle d’Epinay, par référence au Congrès de 1971 qui unifia nombre de partis et de mouvements de gauche dans le sus nommé Parti Socialiste. On doit le PS d’Epinay à Mitterrand, qui l’a bâti autour de sa personnalité, à coup de comportements visionnaires et de magouilles politiciennes. La France est telle que les mouvements politiques se construisent toujours autour de personnalités hors du commun : De Gaulle, Mitterrand, Chirac et, plus récemment, Sarko (que ça me fait mal de l’écrire)… Qu’on les aime ou non, ils ont été les pivots de l’évolution de la politique française et de son changement. Chacun en son temps avait un coup d’avance sur ses adversaires et savais user, avec dextérité et manière, du zeste de populisme qui fait la différence.

Le PS (et ce qu’il reste de la gauche) a aujourd’hui besoin d’une telle personnalité apte à réformer en profondeur le parti et son idéologie. Ségolène a bien essayé mais, question de temps ou de compétence, elle n’a pas réussi. Je la place néanmoins dans les candidats à ce rôle.

Strauss Kahn, sans grande surprise, se lance à son tour dans la course, avec un credo : « le socialisme du réel ». Très joli, et on se doute que des gens ont passé des nuits blanches à pondre ce slogan, mais qu’entend il par là.

Il part d’un constat, le cycle d’Epinay est achevé. Outre le fait avéré que le PS doit revoir ses alliances et se départir définitivement de tout référent révolutionnaire, il constate, et on lui en est gré, que la vision de la société es Epinay est elle aussi caduque. La société s’est transformée mais les grilles de lecture socialistes sont restées inchangées. Le prolétariat n’est plus uni. Il faut arrêter d’étudier les « problèmes économiques et sociaux à partir du triptyque couche populaire/classe moyenne/détenteur du capital, sous l’angle exclusif de l’affrontement et de l’équilibre entre ces classes sociales ». Oui ! Bien sûr que la société est plus compliquée et que les gens ne pensent plus en ces termes. Les « classes » ont implosés. DSK parle de « fragmentation sociale », deux mots pour signifier une France éclatée en milles univers : les jeunes de banlieues et les retraités des zones rurales, les travailleurs précaires, les salariés qui ne jugent pas toujours légitime l’effort fait en direction des moins bien lotis, ceux qui ont un CDI, ceux qui vivent dans une zone tirées par la mondialisation, ou en cours de désindustrialisation…

Sarko l’avait vu et s’en ai servi durant la campagne. Simplement, sa stratégie repose sur l’opposition de ces fragments sociaux, sur la recherche incessante de boucs émissaires. Cette vision l’a bien servie sur le court terme, mais mène à la catastrophe sur le long. On ne règle pas les problèmes en mettant l’exergue sur les différences, une telle attitude poussant inévitablement les fragments sociaux à se refermer sur eux même, accusant les autres de leurs maux et des malheurs du pays. La solution passe effectivement par une reconnaissances des nouvelles strates dans la société, mais cette reconnaissance doit être partie d’une politique globale de solidarité, les obligeant toutes à accepter les compromis et certains sacrifices. La politique globale se subdivise ensuite en approches plus différenciées selon les situations, mais reposent toujours sur un discours tendant à démonter que toutes les couches sont interdépendantes, et non opposées.

DSK propose trois voies à suivre pour la rénovation idéologique :

  • Le renouveau de l’Etat social : il est temps que la gauche accepte d’adapter le modèle social à de nouvelles réalités que sont la mondialisation, le vieillissement démographique et l’individualisme grandissant. Il faut faire face aux défis futurs et accepter les réformes difficiles, sans tabous (retraites, système de santé, marché du travail…). Il faut aussi en finir avec la stigmatisation des entrepreneurs. Il faut les considérer comme « d’authentiques acteurs du progrès social et non comme des ennemis de classe ». Merci DSK, c’est ce que je disais dans mon tout premier post…
  • Un nouveau compromis social : la gauche doit enfin se déterminer sur ses priorités politiques : chômage, partage de la VA, pouvoir d’achat, fiscalité… Enfin c’est beau ça mais il reste à proposer quand même…
  • « La construction par l’égalité réelle d’une société juste » : il ne ‘agit plus de rompre avec le capitalisme (enfin pour le coup, je pense que peu de gens au PS en étaient encore là…) mais de se battre pour l’égalité des sexes, raciale, générationnelle et territoriale. Mais surtout, il faut relancer l’ascenseur social. Je suis entièrement d’accord car la seule chance de réconciliation des fragments de la société, et par conséquent le meilleur moyen de mettre en oeuvre des politiques efficaces, c’est de permettre le mouvement social et mettre fin à la reproduction sociale qui demeure une réalité structurante de la société. Il est insoutenable de voir que Bourdieu a toujours raison…

Voilà, libre à vous de vous faire une opinion sur ce « programme ». Je trouve personnellement qu’il y a des airs de troisième voie dans tout ça…

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