mercredi 16 mai 2007

De la responsabilité journalistique...

Pendant 5 ans, la politique française a surpris par sa prévisibilité et sa platitude, à l’exception de quelques coups de chaud au moment des émeutes (aucun mauvais jeu de mots ici…), du referendum sur la constitution européenne et du CPE. Débats stériles, opposition stéréotypée, ligne gouvernementale inaudible et incompréhensible, derniers mois poussifs… Ce sont des évènements extérieurs qui ont donné le la à la vie politique du pays et ont impulsé les plus houleux engagements, et non l’action de nos représentants. Mais depuis peu, depuis le lancement de la campagne, on est passé à la vitesse supérieure, il devient difficile d’ingurgiter l’information quotidienne tant elle est copieuse, parfois indigeste. On avait perdu l’habitude… Ne parlons pas de cette période post électorale. Les politiques sont montés sur ressorts. Mon cerveau est en pleine ébullition et mon organisme est tout dérangé par l’électricité ambiante, l’encéphalogramme à la limite de l’explosion. Chaque jour a son lot de surprise. D’une certaine manière, ce mouvement constant fait presque oublier la défaite, ou en tout cas il en atténue les effets sur mon moral. Donc pour aujourd’hui, je propose un billet « littérature de comptoir ».

La femme fatale (rien que le titre laisse dubitatif sur l’objet de l’ouvrage…), est le dernier né d’une longue série de livres, sur les politiques de gauche comme de droite, à vouloir surfer sur la vague de la présidentielle et la médiatisation accrue de la vie politique. Evidemment, on va me dire qu’ils l’ont bien cherché ces gens là qui mettent en avant leur vie privée pour servir leurs desseins publics, voilà un juste retour des choses au narcissisme. Je ne suis pas entièrement d’accord. Je ne veux pas débattre sur la qualité de ces productions littéraires (même si dans mon for intérieur je ne peux m’empêcher de haïr ces pratiques, cette manière de se servir de la vie des gens, en général pas la période la plus heureuse, pour vendre et ses remplir les fouilles, et j’ai toujours du mal à comprendre quel intérêt les gens trouvent dans ce voyeurisme loftstorien…), non, je préfère m’interroger sur un élément, le succulent argument de vente que l’on nous assène de plus en plus souvent : « vous comprenez, mon livre éclaire le débat politique ». Voici aurait dû y penser… Ainsi les deux journalistes du Monde auteures de La femme fatale ont expliqué que ce livre avait une vocation pédagogique : il s’agirait d’étudier les dysfonctionnements de la campagne liés aux houleuses altercations du couple déchu. Mais mesdames, toutes ces informations, vous qui êtes journalistes de l’un des quotidiens les plus lus et influents du pays, vous les aviez durant la campagne, moment où elles avaient effectivement une importance décisive pour nous tous, moment où le roman photo de la vie privée du couple Hollande-Royal (et surtout les répercussions sur les choix du parti) nous aurait aidé à comprendre certaines attitudes et certaines situations, à nous guider dans notre cheminement politique. Et c’est seulement durant la campagne que votre travail avait un véritable intérêt, la vocation de nous informer sur les déterminants des décisions de la candidate à la fonction de Président de la République. Alors oui, si le livre était sorti avant le grand choix, votre incursion inhospitalière dans la vie d’une famille et vos arguments promotionnels pouvaient se défendre. Mais pourquoi attendre 3 jours après les résultats pour nous les soumettre ? Pourquoi attendre la fin du match pour mettre toute la lumière sur les joueurs ? Ce n’est pas une question de gros sous j’espère, parce que ce n’est pas l’idée que je me fais du métier de journaliste…

PS : j’adresse aux auteurs de livres du même genre sur Sarkozy les mêmes interrogations et réflexions, qui n’ont, de ma part, aucune dimension partisane…

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